Le mazdutide arrive en France par les réseaux sociaux avant d’arriver chez le médecin. Les chiffres qui circulent sont spectaculaires : jusqu’à 18 % de poids perdu dans un essai. Ils sont réels, mais ils viennent d’essais précis, dans des populations précises, et la tolérance change beaucoup selon la dose.
Ma lecture tient en trois points. Le mazdutide fait perdre du poids de façon nette par rapport au placebo dans des essais rigoureux. Il n’est autorisé qu’en Chine depuis juin 2025. En France, il n’existe aucun accès légal en dehors d’un essai clinique, et aucun essai n’a été identifié sur le territoire.
Ce dossier ne propose ni dose ni protocole. Les statuts ont été vérifiés le 9 octobre 2026.
Double agonisme GLP-1/glucagon : différences utiles
Le mazdutide, aussi appelé LY3305677 chez Lilly et IBI362 chez Innovent, est un peptide injecté une fois par semaine. Il active deux récepteurs : celui du GLP-1, comme le sémaglutide, et celui du glucagon.
Le GLP-1 agit surtout sur l’appétit, la vidange gastrique et la sécrétion d’insuline. L’ajout du glucagon vise d’autres leviers, comme l’utilisation des graisses par le foie et la dépense énergétique. C’est une hypothèse pharmacologique cohérente. Elle ne prouve pas à elle seule que le mazdutide soit plus efficace ou mieux toléré qu’un autre traitement : seuls des essais comparatifs peuvent le dire.
Le mazdutide n’est pas un triple agoniste. Le rétatrutide active en plus le récepteur du GIP, et le tirzépatide associe GLP-1 et GIP, sans glucagon. Ces molécules partagent une logique, pas une identité. Un résultat obtenu avec l’une ne se transfère pas à l’autre.
Essais humains : populations, durée et résultats
Lilly a développé la molécule et en a cédé les droits pour la Chine à Innovent en 2018. Lilly conserve les droits hors de Chine. La quasi-totalité des essais publiés vient donc de Chine.
| Essai | Population | Durée | Résultat principal | Arrêts pour effets indésirables |
|---|---|---|---|---|
| GLORY-1, phase 3 | 610 adultes chinois, IMC ≥ 28 ou 24 à 28 avec comorbidité | 48 semaines | 4 mg : −11,0 %, 6 mg : −14,0 %, placebo : +0,3 % à 48 semaines | 1,5 % (4 mg), 0,5 % (6 mg), 1,0 % (placebo) |
| GLORY-2, phase 3 | 461 adultes chinois, IMC ≥ 30, âge moyen 34 ans, 16 % diabétiques | 60 semaines | 9 mg : −16,7 %, placebo : −1,5 % | 2,9 % (9 mg), 0 % (placebo) |
| Phase 2 chinoise à 9 mg | 80 adultes, IMC ≥ 30, sans diabète | 24 semaines | 9 mg : −12,8 %, placebo : +1,8 % | Non précisé dans le résumé |
| Phase 2 américaine, Lilly | 179 adultes américains sans diabète | 48 semaines (critère à 32) | 3 à 6 mg : −7,3 %, 10 mg : −15,6 %, 16 mg : −18,1 %, placebo : −0,9 % à 32 semaines | Jusqu’à 20 % à 16 mg |
| DREAMS-1, phase 3 | 320 adultes chinois avec diabète de type 2 récent | 24 semaines + extension | Baisse de l’HbA1c de 1,57 à 2,15 points contre 0,14 sous placebo | Non précisé dans le résumé |
| DREAMS-2, phase 3 | 731 adultes chinois diabétiques, contre dulaglutide | 28 semaines | HbA1c et poids meilleurs qu’avec le dulaglutide | Effets digestifs plus fréquents qu’avec le dulaglutide |
Ces essais n’ont pas les mêmes critères, durées ni populations. Les chiffres d’une ligne ne se comparent pas à ceux d’une autre. Le tableau sert à situer chaque résultat, pas à classer les doses.
Quelques points de lecture s’imposent :
- Moyenne de groupe : −14 % est une moyenne. Dans GLORY-1, environ la moitié des participants sous 6 mg ont perdu au moins 15 % de leur poids à 48 semaines, l’autre moitié moins.
- Accompagnement : les traitements s’ajoutaient à des conseils alimentaires et d’activité physique, comme dans tous les essais de ce type.
- Population jeune : dans GLORY-2, l’âge moyen était de 34 ans. Les résultats ne disent rien des personnes de plus de 70 ans ou polymédiquées.
- Promoteurs : les essais chinois sont financés par Innovent, l’essai américain par Lilly. C’est la norme pour un médicament en développement, mais aucun essai indépendant n’existe encore.
Un essai direct contre le sémaglutide, DREAMS-3, a été annoncé positif par Innovent en octobre 2025 chez 349 adultes chinois diabétiques et obèses. Le comparateur était le sémaglutide à 1 mg, une dose du diabète et non la dose la plus élevée utilisée contre l’obésité. Les résultats proviennent d’un communiqué du promoteur, sans publication évaluée par les pairs identifiée à ce jour.
Tolérance et abandons : ce que masque le résultat moyen
Le mazdutide a le profil digestif des agonistes du GLP-1, et la fréquence augmente avec la dose. Dans GLORY-2 à 9 mg, 53 % des participants ont vomi, 47 % ont eu des nausées et 39 % une diarrhée, contre 1 à 7 % sous placebo. La plupart des épisodes étaient légers à modérés.
Les arrêts pour effets indésirables racontent une histoire différente selon la dose :
- 4 et 6 mg (GLORY-1) : moins de 2 % d’arrêts, un chiffre proche du placebo.
- 9 mg (GLORY-2) : 2,9 % d’arrêts, contre aucun sous placebo.
- 16 mg (phase 2 américaine) : 20 % d’arrêts, principalement pour troubles digestifs.
La dose de 16 mg produisait la plus forte perte moyenne de l’essai américain. Un participant sur cinq l’a pourtant arrêtée à cause des effets indésirables. Une perte de poids moyenne ne sert à rien à la personne qui ne supporte pas le traitement. C’est l’angle absent de la plupart des accroches.
Deux autres limites comptent. La perte de poids sous GLP-1 inclut une part de masse maigre, qu’il faut protéger par l’apport en protéines et l’entraînement en résistance, comme expliqué dans GLP-1 et fonte musculaire. Et les essais publiés durent au plus 60 semaines : on ne sait rien encore de l’effet sur les événements cardiovasculaires, ni de la reprise de poids après l’arrêt.
Mazdutide et rétatrutide : pas de classement indirect
Les comparatifs en ligne alignent souvent le meilleur chiffre de chaque molécule pour désigner un gagnant. C’est trompeur. Les essais diffèrent par la population (chinoise ou internationale, avec ou sans diabète), la durée, la dose maximale, la méthode statistique et le moment de mesure.
Le seul moyen fiable de comparer deux traitements est un essai qui les teste ensemble, dans la même population. Il n’en existe pas entre mazdutide et rétatrutide. Pour les molécules déjà autorisées, la comparaison directe est traitée dans sémaglutide ou tirzépatide : effets et risques comparés.
France et Chine : statuts à vérifier séparément
En Chine : autorisé depuis 2025
Le 27 juin 2025, Innovent a annoncé l’autorisation du mazdutide par l’agence chinoise du médicament pour la gestion du poids chez l’adulte. L’indication repose sur les seuils chinois : IMC d’au moins 28, ou d’au moins 24 avec une comorbidité liée au poids, en complément d’un régime et d’une activité physique. Une deuxième autorisation chinoise concerne le diabète de type 2. Une demande pour la dose de 9 mg a été déposée en Chine fin 2025 : je n’ai pas trouvé de décision publiée à la date de vérification.
En France et en Europe : aucun accès légal identifié
Au 9 octobre 2026 :
- Base nationale : aucun médicament contenant du mazdutide dans les fichiers de la base de données publique des médicaments.
- Registre européen : aucune autorisation dans le registre communautaire des médicaments.
- Essais cliniques : aucun essai avec un centre en France sur ClinicalTrials.gov. Les essais récents de Lilly hors de Chine se déroulent aux États-Unis et en Argentine.
Une autorisation chinoise ne vaut pas en Europe. Pour être prescrit en France, le mazdutide devra être évalué par l’Agence européenne des médicaments, et aucun dossier n’a été identifié.
Produits de recherche : pourquoi ils ne remplacent pas un médicament
Des flacons étiquetés « mazdutide » sont vendus en ligne comme produits « réservés à la recherche ». En juillet 2026, l’ANSM a demandé de ne pas acheter ni utiliser les peptides vendus en ligne. Elle signale des hospitalisations récentes, notamment après l’utilisation de faux rétatrutide, et rappelle que ces produits n’ont été ni évalués ni autorisés.
Le problème ne se limite pas à la légalité. Un médicament injectable est fabriqué en conditions stériles, dosé avec précision et suivi après sa mise sur le marché. Un flacon de poudre acheté sur internet n’offre aucune de ces garanties : le contenu réel, la dose, la stérilité et les impuretés sont inconnus. Les essais décrits plus haut ne disent rien d’un tel produit.
Ajoute à cela le risque de choisir seul sa dose. Les essais montent la dose progressivement, sous surveillance, et 20 % des participants ont arrêté à 16 mg malgré cet encadrement. Seul, sans médecin, tu n’as ni ce suivi ni les moyens de distinguer un effet indésirable attendu d’une complication.
Si tu cherches un traitement de l’obésité, des médicaments sont déjà autorisés en France, avec des indications et un suivi définis. Un médecin peut évaluer s’ils te conviennent.
Verdict du Biohacker
Le mazdutide est un candidat sérieux, pas un raccourci disponible. Les essais chinois et américains montrent une perte de poids nette par rapport au placebo, avec un profil digestif comparable à celui des autres agonistes du GLP-1. Le prix de l’efficacité monte avec la dose : à 16 mg, un participant sur cinq a arrêté le traitement.
Les données restent concentrées sur des adultes chinois, sur un peu plus d’un an au maximum, sans résultat cardiovasculaire ni indépendance vis-à-vis des promoteurs. En France, aucune voie légale n’existe aujourd’hui en dehors d’un essai, et aucun essai n’est ouvert. Mon conseil : suivre la molécule, ne pas l’acheter.
Sources principales
Sources consultées le 9 octobre 2026. Les liens PubMed renvoient aux résumés consultés.





