Le tirzépatide a davantage réduit le poids que le sémaglutide dans un essai direct chez des adultes sans diabète. Cela ne désigne pas automatiquement le traitement adapté à chacun. L’indication, la tolérance, les complications, les autres médicaments et la continuité de la prise en charge comptent aussi.
La confusion vient souvent des chiffres : un résultat NEJM issu d’un essai randomisé et un résultat JAMA issu de dossiers médicaux ne répondent pas exactement à la même question. Leur population et leur manière de gérer les arrêts diffèrent.
Ce comparatif documentaire a été vérifié le 6 octobre 2026. Il prépare une discussion médicale, sans prescription, conversion de doses, conseil d’achat ou changement autonome de traitement.
GLP-1 seul versus GIP/GLP-1
Le sémaglutide active le récepteur du GLP-1, une hormone impliquée notamment dans la régulation de la prise alimentaire et la sécrétion d’insuline dépendante du glucose. Le tirzépatide active les récepteurs du GIP et du GLP-1 : c’est un double agoniste.
Les résumés des caractéristiques du produit, ou RCP, de Wegovy et de Mounjaro décrivent ces mécanismes. Ils réduisent la prise alimentaire et améliorent la régulation glycémique, avec des effets sur la vidange gastrique qui varient selon l’exposition et le temps.
Deux récepteurs ciblés ne signifient ni deux fois plus d’efficacité, ni moins de risques. La comparaison pertinente porte sur des résultats humains, dans une indication définie. Ces médicaments ne sont pas destinés à une « sèche » esthétique chez un adulte sans indication médicale.
Marques, indications et statut français daté
Au relevé du 6 octobre, les spécialités suivantes figurent comme autorisées et commercialisées dans les fichiers officiels français des médicaments, dont la base affiche une mise à jour au 29 septembre 2026. Une commercialisation nationale ne garantit pas le stock d’une pharmacie.
| Marque | Molécule | Indication pertinente chez l’adulte |
|---|---|---|
| Ozempic | Sémaglutide | Diabète de type 2, pas une indication de traitement de l’obésité |
| Wegovy | Sémaglutide | Contrôle du poids, avec alimentation adaptée et activité physique, selon critères d’IMC et de complications |
| Mounjaro | Tirzépatide | Diabète de type 2 et contrôle du poids, selon leurs conditions respectives |
Pour le contrôle du poids chez l’adulte, les RCP de Wegovy et Mounjaro visent un IMC initial d’au moins 30, ou d’au moins 27 avec une comorbidité liée au poids. Cela ne signifie pas que tout patient remplissant ce seuil doit recevoir un médicament.
L’ANSM autorise depuis le 23 juin 2025 la prescription initiale et le renouvellement par tout médecin, dans les indications de l’AMM. Elle rappelle une utilisation en seconde intention après échec de la prise en charge nutritionnelle, pas à des fins esthétiques.
Prescription ne signifie pas remboursement. L’Assurance Maladie annonce depuis le 15 juin 2026 une prise en charge de Wegovy et Mounjaro dans certaines situations d’obésité : critères plus étroits, avec IMC initial d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une comorbidité figurant dans la liste admise. Dans les deux cas, l’échec nutritionnel correspond à une perte inférieure à 5 % après six mois de prise en charge bien conduite. La première prescription remboursable relève de prescripteurs habilités et nécessite un formulaire d’accompagnement. Fais vérifier ton indication et les formalités, plutôt que de déduire une prise en charge de la seule ordonnance.
Essai direct : population, doses et résultats
SURMOUNT-5, publié en 2025, a randomisé 751 adultes sans diabète de type 2, avec obésité ou surpoids compliqué, pendant 72 semaines. L’essai était ouvert : patients et équipes connaissaient le traitement. Les deux groupes recevaient des conseils d’alimentation et d’activité physique.
Le protocole comparait les doses maximales tolérées étudiées : tirzépatide 10 ou 15 mg, sémaglutide 1,7 ou 2,4 mg, administrés chaque semaine. Ce sont des bras d’étude, pas des équivalences ni un schéma à reproduire.
Le résumé primaire rapporte une variation moyenne estimée du poids de −20,2 % contre −13,7 %, en faveur du tirzépatide, soit environ 6,5 points de pourcentage d’écart. Les intervalles de confiance à 95 % sont respectivement −21,4 à −19,1 % et −14,9 à −12,6 %. Ils décrivent l’incertitude sur les moyennes, pas l’éventail des réponses individuelles.
Le registre primaire confirme ces valeurs. Le RCP consulté présente aussi −21,6 % et −15,4 % pour cet essai : je ne fusionne pas ces estimations avec celles du résumé. La réconciliation détaillée des analyses nécessite les documents méthodologiques complets.
Le périmètre reste précis : ni comparaison de toutes les doses, ni comparaison des formes orales, ni essai d’événements cardiovasculaires. Le RCP européen actuel de Wegovy mentionne aussi 7,2 mg dans certaines situations adultes : SURMOUNT-5 ne permet pas de conclure sur cette option. Une mention au RCP ne garantit pas sa disponibilité française.
Voici les trois comparaisons centrales, sans fusionner leurs critères :
| Source et population | Expositions et durée | Résultat pertinent | Limite déterminante |
|---|---|---|---|
| SURMOUNT-5, essai randomisé, 751 adultes sans diabète | Tirzépatide 10/15 mg contre sémaglutide 1,7/2,4 mg, doses maximales tolérées, 72 semaines | Poids : −20,2 % contre −13,7 % dans le résumé publié | Essai ouvert, pas toutes les options actuelles, pas un résultat de sécurité cardiovasculaire |
| SURPASS-2, essai randomisé, 1 879 adultes avec diabète sous metformine | Tirzépatide 5/10/15 mg contre sémaglutide 1 mg, 40 semaines | HbA1c : −2,01 à −2,30 points selon le groupe tirzépatide, contre −1,86 point | Critère principal glycémique. Sémaglutide 1 mg, pas Wegovy 2,4 mg ni toutes les doses actuelles |
| JAMA 2024, cohorte, 18 386 adultes après appariement, 52 % avec diabète | Formulations indiquées dans le diabète, doses individuelles non précisément établies, analyses jusqu’à 12 mois | Poids sous traitement à 12 mois : −15,3 % contre −8,3 % | Association observationnelle, nombreux arrêts et mesures manquantes, pas une comparaison normalisée de doses |
L’HbA1c, ou hémoglobine glyquée, reflète la glycémie des derniers mois. Une diminution en points d’HbA1c n’est ni un pourcentage de poids perdu, ni une amélioration musculaire.
SURMOUNT-5 et SURPASS-2 sont financés par Lilly. Leur randomisation soutient l’attribution comparative, sans supprimer les limites d’un essai ouvert ou le besoin d’examiner les critères et analyses.
Cohorte observationnelle : ce qu’elle ajoute et ne prouve pas
La cohorte de Rodriguez et collègues, publiée dans JAMA Internal Medicine en 2024, exploite des dossiers et délivrances américains de 2022-2023. Parmi 41 222 personnes éligibles, 18 386 ont été appariées sur des caractéristiques mesurées pour rendre les groupes comparables.
Les formulations étaient Mounjaro et Ozempic, indiquées dans le diabète à cette époque, utilisées avec ou sans cette maladie. Le nom de marque servait de proxy d’exposition : la dose réellement reçue par chaque patient n’était pas suffisamment documentée pour une comparaison dose contre dose.
À 12 mois, l’écart ajusté de variation du poids était de −6,9 points, avec un intervalle de confiance à 95 % de −7,9 à −5,8. C’est cohérent avec un avantage pondéral du tirzépatide, mais pas une démonstration indépendante de causalité : motivation, accès au médicament, couverture financière et comportements peuvent rester différents.
Surtout, l’analyse principale porte sur les personnes encore sous traitement. Le suivi est censuré notamment après au moins 30 jours sans médicament disponible selon les données. Les interruptions terminent le suivi de 55,9 % du groupe tirzépatide et 52,5 % du groupe sémaglutide. Ce ne sont pas des taux d’arrêt pour intolérance.
L’analyse de sensibilité incluant les poids après interruption donne des pertes moins grandes : −11,4 % contre −6,2 % à 12 mois. La conclusion directionnelle persiste, mais l’ampleur dépend de la question posée et de la gestion des données manquantes.
Cette cohorte utilise les données Truveta, avec plusieurs auteurs affiliés à l’entreprise. Elle complète les essais en montrant la pratique réelle, sans devenir une randomisation parce que son effectif est plus grand.
Tolérance, arrêts et risques à comparer
Les deux traitements provoquent fréquemment des nausées, diarrhées, vomissements, constipation ou douleurs abdominales, notamment pendant l’augmentation de l’exposition. La tolérance moyenne ne garantit pas que toi, tu supporteras le produit.
Dans SURPASS-2, les nausées concernaient 17 à 22 % des groupes tirzépatide et 18 % sous sémaglutide 1 mg. Ces nombres ne décrivent pas toutes les doses ou les patients traités pour obésité.
La cohorte JAMA ne retrouvait pas de différence significative sur les événements digestifs recherchés. Mais elle analysait surtout des diagnostics codés modérés à sévères ; les nausées et vomissements légers étaient exclus, car mal capturés dans les dossiers. Elle ne démontre pas une tolérance identique.
Arrêt de l’étude, arrêt du médicament, rupture de délivrance et arrêt pour effet indésirable sont quatre notions différentes. Une comparaison honnête conserve la raison, le dénominateur et la durée. Elle ne transforme pas les interruptions de la cohorte en classement de sécurité.
Les RCP européens demandent notamment cette vigilance :
- Pancréatite et symptômes digestifs importants : douleur abdominale intense persistante ou vomissements répétés nécessitent un avis médical rapide
- Déshydratation et fonction rénale : diarrhées ou vomissements peuvent entraîner une complication, particulièrement chez les personnes fragiles
- Hypoglycémie : risque accru en association avec insuline ou sulfamides, dont l’adaptation relève du prescripteur
- Rétinopathie diabétique et vision : suivi à discuter, surtout lors d’une amélioration rapide de la glycémie
- Anesthésie ou sédation : prévenir l’équipe en raison du risque de contenu gastrique résiduel et d’inhalation
Le RCP de Wegovy mentionne aussi une neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique, ou NOIAN, comme événement très rare. Une perte soudaine de vision impose une évaluation urgente. Cette alerte sémaglutide ne doit pas être attribuée automatiquement au tirzépatide.
La contre-indication formelle commune est l’hypersensibilité à la substance ou aux excipients. Les autres précautions ne sont pas toutes des contre-indications absolues. Demande un avis médical en cas de gastroparésie, d’antécédent de pancréatite, de maladie rénale/hépatique ou de traitement associé.
Une grossesse ou son projet nécessite une planification médicale : les RCP prévoient un arrêt avant conception avec des délais différents. Pour l’allaitement, Wegovy ne doit pas être utilisé ; le RCP actuel de Mounjaro permet une éventuelle utilisation après évaluation. Ne copie pas une consigne étrangère ou ancienne, notamment sur la contraception.
Poids, glycémie, muscle et bénéfices cardiovasculaires : critères distincts
Poids et glycémie : SURMOUNT-5 mesure principalement le poids, SURPASS-2 l’HbA1c. Aucun ne définit à lui seul l’objectif clinique d’une personne déjà bien contrôlée sur le plan glycémique.
Muscle et autonomie : perdre du poids ne signifie pas perdre uniquement de la graisse. Dans la sous-étude DXA de SURMOUNT-1, environ trois quarts du poids perdu provenaient de la masse grasse et un quart de la masse maigre. Ce n’était pas un tête-à-tête avec le sémaglutide. La masse maigre inclut de l’eau et des tissus non musculaires : elle n’est pas une mesure directe de force. Notre dossier sur la préservation musculaire sous GLP-1 détaille cette distinction.
Événements cardiovasculaires : les meilleures preuves ne comparent pas ici directement ces deux molécules :
| Essai | Population et comparateur | Résultat clinique et limite |
|---|---|---|
| SELECT, 2023, 17 604 participants | Maladie cardiovasculaire préexistante, surpoids/obésité, sans diabète ; sémaglutide contre placebo | Événement cardiovasculaire principal : 6,5 % contre 8,0 %, suivi moyen 39,8 mois, HR 0,80. Pas une comparaison au tirzépatide |
| SURPASS-CVOT, 2025, 13 165 participants dans l’analyse modifiée | Diabète de type 2 et maladie cardiovasculaire athéroscléreuse ; tirzépatide contre dulaglutide | 12,2 % contre 13,1 %, suivi médian de 4 ans selon le RCP, HR 0,92, IC à 95,3 % de 0,83 à 1,01. Non-infériorité démontrée, pas supériorité. Pas une comparaison au sémaglutide |
Le HR est un rapport de risques instantanés, pas une promesse individuelle. SELECT est financé par Novo Nordisk, SURPASS-CVOT par Lilly. Les pourcentages ne peuvent pas être comparés entre ces populations et comparateurs différents. Une réduction de risque prédite par un score ne vaut pas davantage une réduction d’infarctus observée.
Maintien : l’extension de STEP 1 observe une reprise importante après arrêt du sémaglutide et de l’intervention de mode de vie. Ce suivi exploratoire ne compare pas les deux molécules après arrêt. Le traitement durable et l’accompagnement doivent donc être discutés avant de commencer, pas improvisés au premier plateau.
Questions au prescripteur, sans conversion de doses ni changement autonome
Prépare la consultation avec tes objectifs, antécédents et la liste complète de tes médicaments. Les questions utiles sont les suivantes :
- vise-t-on surtout le poids, la glycémie, une complication cardiovasculaire ou plusieurs objectifs ?
- quelle étude correspond réellement à mon profil et quelle marque a l’indication pertinente ?
- comment suivre tolérance digestive, hydratation, vision, apports alimentaires et fonction musculaire ?
- mes traitements, ma contraception, un projet de grossesse ou une intervention prévue changent-ils la décision ?
- la prescription ouvre-t-elle droit au remboursement, avec quels documents et quelle continuité d’accès ?
- quelle stratégie médicale prévoir en cas de réponse insuffisante, d’effet indésirable ou d’arrêt nécessaire ?
Mon verdict : avantage pondéral au tirzépatide dans les conditions de SURMOUNT-5, pas gagnant universel. Les doses en milligrammes ne se convertissent pas par un rapport arithmétique. Ne change ni molécule, ni marque, ni fréquence sans le prescripteur. Les risques des peptides hors circuit officiel ne sont pas ceux des produits contrôlés utilisés dans les essais.
Sources principales
Les RCP et sources françaises ont été ouverts. Les essais NEJM ont été vérifiés à partir de leurs résumés indexés, sans prétendre avoir lu leurs textes intégraux. La cohorte JAMA a été consultée en texte intégral sur les méthodes, résultats et limites :





