Le soleil ne blesse pas seulement la peau au moment où les UV frappent les cellules. Une partie des dégâts pourrait être amplifiée ensuite par la réponse immunitaire. Une étude publiée dans Aging Cell le 23 juillet 2026 pointe les neutrophiles et les filets qu’ils libèrent, appelés NETs.
Le résultat est intrigant, mais sa portée reste étroite : des NETs ont été observés dans des lésions humaines associées au soleil, puis leur inhibition a réduit certains dommages dans des cellules et chez des souris exposées aux UVB. Aucun participant n’a reçu de traitement anti-NET. Cette découverte décrit donc un mécanisme préclinique, pas une nouvelle routine anti-âge.
Ce que la nouvelle étude a observé
Les chercheurs ont travaillé sur trois étages. Ils ont d’abord comparé des tissus humains provenant de lésions de kératose actinique ou de dermatite actinique chronique à de la peau non exposée de donneurs sains. Les marqueurs utilisés en immunofluorescence indiquaient davantage de NETs dans les lésions.
Ils ont ensuite irradié la peau dorsale de souris avec des UVB. Bloquer PAD4, une enzyme impliquée dans la formation des NETs, a diminué l’érythème, l’érosion, l’épaississement cutané, certains marqueurs inflammatoires, le déséquilibre oxydatif et l’apoptose. Des souris dépourvues de PAD4 présentaient également moins d’atteintes dues aux UVB.
Enfin, des kératinocytes humains immortalisés HaCaT ont été exposés à des NETs produits en laboratoire. Leur viabilité a baissé, tandis que l’inflammation, le stress oxydatif et l’apoptose augmentaient. Dégrader la structure d’ADN des NETs ou réduire le récepteur CCDC25 atténuait ces effets.
La nouveauté ne tient donc pas au simple constat que les UV déclenchent une inflammation. Elle propose une chaîne plus précise : NETs, CCDC25, activation de JNK, puis amplification des lésions cellulaires.
Pourquoi les neutrophiles forment des NETs
Les neutrophiles sont des cellules rapides de l’immunité innée. Face à une infection, ils peuvent engloutir des microbes, libérer des molécules antimicrobiennes ou déployer des réseaux d’ADN couverts de protéines actives. Ces neutrophil extracellular traps immobilisent alors certains agents pathogènes.
Le problème apparaît quand ce dispositif se déclenche sans microbe à capturer. Les UVB endommagent directement des cellules et produisent des signaux de danger. Cette inflammation stérile recrute les neutrophiles comme si le tissu devait gérer une attaque. Les NETs peuvent alors exposer l’environnement cutané à de l’ADN, des histones et des enzymes qui entretiennent l’inflammation au lieu de simplement nettoyer la zone.
Cela ne rend pas l’immunité « mauvaise ». Selon le signal et le moment, elle élimine les cellules lésées, limite les infections et participe à la réparation. Une autre étude préclinique 2026, PMID 42206047, suggère même que des facteurs issus de Staphylococcus epidermidis peuvent moduler des voies immunitaires et réduire certains marqueurs de photovieillissement. Deux auteurs étaient employés par une entreprise cosmétique, et les résultats reposaient sur des cellules et des souris.
La revue PMID 41870852 décrit aussi la peau comme une interface entre UV, microbiome et immunité. Elle s’appuie surtout sur des modèles expérimentaux et des observations humaines. Elle ne justifie ni probiotique cutané improvisé ni suppression générale de l’immunité.
PAD4, JNK et inflammation : le mécanisme proposé
PAD4 modifie les histones autour desquelles l’ADN est enroulé. Cette étape facilite la décondensation de la chromatine nécessaire à certaines formes de NETs. Dans l’expérience murine, l’inhibiteur GSK484 et l’absence génétique de PAD4 réduisaient leur formation ainsi que plusieurs signes de dommage après UVB.
L’équipe a ensuite cherché comment les NETs parlaient aux kératinocytes. Son candidat principal, CCDC25, est une protéine membranaire déjà décrite comme capteur de l’ADN des NETs dans d’autres contextes. Quand son expression a été réduite dans les cellules HaCaT, les NETs n’activaient presque plus JNK, une branche de la famille MAPK impliquée dans les réponses au stress. L’apoptose et les cytokines inflammatoires diminuaient aussi.
Le même axe a été testé chez la souris par réduction locale de CCDC25 avec un vecteur viral. Les animaux exposés aux UVB présentaient alors moins d’érythème, d’épaississement cutané et de marqueurs inflammatoires que les témoins irradiés.
Du rayon UVB à la réponse inflammatoire
Mécanisme proposé par l’étude- 01 Rayonnement UVB
Dommages cellulaires et inflammation stérile dans la peau.
- 02 Arrivée des neutrophiles
Ces cellules immunitaires sont recrutées vers le tissu lésé.
- 03 PAD4 et formation des NETs
Des réseaux d’ADN et de protéines sont libérés hors des cellules.
- 04 Détection par CCDC25
Dans le modèle, l’ADN des NETs active ce récepteur des kératinocytes.
- 05 Activation de JNK
Inflammation, déséquilibre oxydatif et apoptose augmentent.
Inhibition de PAD4, dégradation des NETs ou réduction de CCDC25.
Cette cohérence entre plusieurs perturbations renforce l’hypothèse. Elle ne prouve pas que CCDC25 soit l’unique récepteur, que JNK explique tous les dégâts solaires ou que bloquer cette voie soit sans conséquence. PAD4, les NETs et JNK interviennent dans de nombreuses fonctions biologiques en dehors de la peau.
Ce qui a été observé chez l’humain et chez la souris
La partie humaine est observationnelle. Les auteurs ont obtenu des tissus lésionnels de dix patients et de la peau non exposée de cinq donneurs sains. L’analyse illustrée portait sur cinq échantillons par groupe. Comparer une lésion pathologique et exposée à une peau saine et protégée multiplie les différences possibles. La présence de NETs ne permet donc pas de savoir s’ils ont provoqué la lésion, s’ils sont arrivés en réponse aux dégâts ou les deux.
La partie animale est interventionnelle, mais très aiguë. Des souris mâles, six par groupe, ont reçu 430 mJ/cm² d’UVB pendant deux jours consécutifs, puis leurs tissus ont été prélevés le troisième jour. Ce modèle renseigne sur une réaction inflammatoire intense. Il ne reproduit ni des années d’exposition solaire, ni les rides, ni le risque de cancer cutané chez l’humain.
La lignée HaCaT apporte enfin un test mécanistique contrôlé, pas une peau complète. Elle ne possède ni la même architecture, ni le même microbiome, ni la même circulation qu’un organisme. Le précédent article de 2024, PMID 38339001, avait déjà réduit l’inflammation UVB chez la souris en dégradant les NETs. Nous disposons donc de deux signaux précliniques compatibles, mais toujours d’aucun essai humain anti-NET contre les dommages solaires.
Ce que cela ne change pas à la protection solaire
Il n’existe pas aujourd’hui de traitement anti-NET validé pour prévenir le photovieillissement. GSK484 est un outil de recherche. La DNase I utilisée dans les expériences n’est pas une crème à reproduire chez soi. Réduire CCDC25 avec un vecteur viral n’est pas une intervention cosmétique. Bloquer une fonction antimicrobienne des neutrophiles pourrait en outre avoir des effets indésirables que cette étude courte n’évalue pas.
L’étude portait sur les UVB, pas sur tout le spectre solaire. Les UVA atteignent davantage les couches profondes et participent notamment au stress oxydatif et au photovieillissement. Les UVB provoquent plus directement l’érythème et certains dommages de l’ADN. Les deux contribuent aux atteintes cutanées, ce qui explique la nécessité d’une protection à large spectre.
Les mesures validées restent les suivantes :
- limiter l’exposition, notamment entre 12 h et 16 h l’été en France métropolitaine
- rechercher l’ombre et couvrir la peau avec des vêtements, un chapeau à larges bords et des lunettes filtrant les UV
- appliquer sur les zones découvertes un produit anti-UVA et anti-UVB d’au moins FPS 30, en couche suffisante
- renouveler l’application toutes les deux heures, après la baignade ou une transpiration importante
- ne pas utiliser un indice élevé pour prolonger volontairement l’exposition
Si une lésion cutanée persiste, change ou saigne, fais-la examiner par un médecin plutôt que de l’interpréter comme une simple inflammation solaire.
La découverte ajoute une couche au modèle des dommages photo-induits. Elle ne retire rien à la hiérarchie pratique : empêcher les UV d’atteindre la peau reste plus fiable que chercher à neutraliser une cascade immunitaire après coup. Pour une stratégie cutanée plus globale, la routine minimale de photoprotection et de barrière cutanée reste le point de départ raisonnable.
Verdict : les NETs sont une cible de recherche crédible pour comprendre pourquoi une exposition UVB continue d’abîmer la peau après le dommage initial. La chaîne PAD4, NETs, CCDC25 et JNK est soutenue par plusieurs modèles expérimentaux. Son intérêt clinique, sa sécurité et son rôle dans le photovieillissement humain restent inconnus.
Sources principales
- 🧪 Neutrophil Extracellular Traps Exacerbate UVB-Induced Photodamage in HaCaT Cells and Mouse Skin via CCDC25/MAPK Pathway, Aging Cell, 2026
- 🧪 How the Immune System Makes Sun Damage Worse, Lifespan Research Institute, 2026
- 🧪 Inhibiting Neutrophil Extracellular Traps Protects against Ultraviolet B-Induced Skin Damage: Effects of Hochu-ekki-to and DNase I, International Journal of Molecular Sciences, 2024
- 🧪 A Review of Neutrophil Extracellular Traps (NETs) in Disease: Potential Anti-NETs Therapeutics, Clinical Reviews in Allergy & Immunology, 2021
- 🧪 Staphylococcus epidermidis prevents UV-induced skin aging by suppressing TLR3-mediated senescence, Frontiers in Immunology, 2026
- 🧪 The cutaneous microbiome as a dynamic photoprotective interface against solar radiation, Photochemical & Photobiological Sciences, 2026
- 🧪 Ultraviolet radiation, World Health Organization
- 🧪 Dangers du soleil : comment s’en protéger ?, Assurance Maladie, 2026


